ASSOCIATION ENSEIGNEMENT PUBLIC ET INFORMATIQUE

Monsieur le Ministre,

   Le 21e siècle est le siècle de l'informatique et du numérique. Les besoins de compétences réelles sont considérables. Le système éducatif se doit d'y répondre si l'on veut que la France tienne toute sa place dans le concert des nations aux plans culturel, scientifique et économique.

   On ne peut se satisfaire de demi-mesures. L'informatique doit être une composante à part entière de la culture générale et technique de tous les élèves. L'enseignement général, dès le collège, doit intégrer un véritable enseignement de la science et technologie informatique de telle sorte que les jeunes générations rencontrent précocement cette discipline au même titre que la biologie ou la physique. Et, comme pour les autres disciplines scientifiques, l'égalité filles-garçons reste un objectif important qu'il faut atteindre.

   Plus de moyens doivent être également donnés aux enseignements technologiques et professionnels intégrant l'informatique afin de favoriser la prise en compte des dernières évolutions technologiques et industrielles et la mise en place de parcours personnalisés.

   Capes et Capet NSI ont été créés ainsi qu'une agrégation d'Informatique. Sous réserve d'une augmentation du nombre de postes actuellement très insuffisant, les conditions sont réunies pour la création d'une discipline informatique pour tous.

   D'autant que nous disposons par ailleurs des enseignants motivés qui assurent actuellement la spécialité NSI (mais dont il reste à assurer la reconnaissance institutionnelle).

   Il est crucial d'élargir la culture générale scientifique, fragilisée par la réforme du lycée, qui doit s'enrichir de la science informatique. Ce n'est actuellement pas le cas dans notre système éducatif.

   Il va de soi qu'un enseignement spécifique de l'informatique pour tous ne serait pas exclusif mais complémentaire de l'utilisation didactique et pédagogique des ressources du numérique par les différentes disciplines qui, toutes, peu ou prou, ont vu leur « essence » (objets et méthodes) transformée par l'informatique. Nous savons par expérience que les deux approches se renforcent mutuellement.

   La généralisation du numérique sous-tendu par la science informatique, l'ordinateur quantique, l'intelligence artificielle... nécessitent de plus en plus d'intelligence et de compétences si l'on ne veut pas dépendre de l'étranger comme c'est déjà le cas dans trop de domaines.

   Il est indispensable que des décisions politiques volontaristes soient rapidement prises pour faire face aux enjeux informatiques pour le pays.

   L'association Enseignement Public et Informatique (EPI), forte d'une expérience de plus d'un demi-siècle, souhaite connaître vos propositions concernant ce dossier.

   Nous vous prions d'accepter, Monsieur le Ministre, l'expression de notre considération distinguée.

Paris, le 25 mai 2022

Le Bureau national de l'EPI
bureau@epi.asso.fr

EpiNet n°245 du 14 mai 2022 est en ligne :
https://www.epi.asso.fr/epinet/epinet245.htm
Son éditorial :  Lettre au Ministre de l'Éducation nationale :
"Pour l'intégration de la science et technologie informatique dans la culture générale scolaire." :
http://www.epi.asso.fr/revue/articles/a2205a.htm
Et les rubriques habituelles : Articles, Historique, Documents, ITIC, Libre, Événements.

Informatics for all vient de publier (février 2022) un rapport :
"The  Informatics Reference Framework for School".
La SIF a participé à la consultation pour la France.
L'informatique doit être considérée comme un aspect essentiel de l'éducation de tous les élèves. Le présent rapport, qui trace un cadre de référence informatique pour tous les jeunes, est destiné à offrir des conseils de haut niveau qui peuvent être utilisés par les concepteurs de programmes d'études, voire les inciter à revoir leur orientation et leur approche du sujet de l'informatique.

https://www.informaticsforall.org/the-informatics-reference-framework-for-school-release-february-2022

Consultation sur la place des mathématiques, une réponse inadaptée aux problèmes du lycée

Publiée le 23.02.2022 : Communiqué du collectif des sociétés savantes et associations de mathématiques, informatique, biométrie, biophysique, physique-chimie, classes préparatoires scientifiques : ADIREM, AEIF, APMEP, ARDM, CFEM, EPI, Femmes Ingénieures, Femmes et Mathématiques,Femmes et Sciences, GEM, SFB (biométrie), SFB (biophysique), SFdS, SIF, SMAI, SMF, UDPPC, UPA, UPS.

L’objectif de ce communiqué est d’alerter sur l’impossibilité par le comité de consultation d’engager la réflexion de fond nécessaire pour apporter une solution équilibrée au problème de la formation scientifique au lycée.

Des associations, sociétés savantes et fédérations scientifiques vont être auditionnées par un comité de consultation sur la place des mathématiques dans les enseignements en lycée général créé le 16 février 2022. Il est piloté par Pierre Mathiot et constitué de 9 membres dont la composition figure dans la lettre de mission jointe au communiqué. Il est chargé d’«établir un constat complet sur la situation des mathématiques au sein du nouveau lycée général, recenser les remarques et propositions, et (…) remettre des scénarios réalistes et efficaces d’amélioration de l’offre de l’enseignement de mathématiques ». Le nouveau lycée général a été fondé sur la base d’un rapport dirigé par Pierre Mathiot. Il a été piloté par Charles Torossian et mis en œuvre par le directeur de l'enseignement scolaire, Edouard Geffray, sa mise en œuvre est suivie par Jean-Charles Ringard. Il applique certaines des conclusions du rapport sur l'enseignement des mathématiques de la commission Torossian-Villani. 

La mise en place de ce nouveau comité de consultation fait suite aux alertes d’un collectif de sociétés savantes et d’associations de sciences sur la place des mathématiques et plus généralement des sciences dans les parcours de formation des lycéens du cycle terminal au lycée général. Ces alertes font ressortir, en plus d’une baisse de la part des filles en mathématiques, une chute considérable du volume de formation dans toutes les disciplines scientifiques hors tronc commun. Par ailleurs, elles relèvent aussi, pour les profils scientifiques, une baisse d’effectif des élèves, de leur formation et de leur polyvalence. Ces constats orientent donc vers une réflexion de fond sur la structure même de la réforme et qui concerne :

  • En première, l’équilibre entre sciences et humanités actuellement en défaveur des sciences ainsi que l’articulation possible des mathématiques avec les sciences humaines et sociales.
  • En terminale, la possibilité d’élargir à 3 spécialités (au lieu de 2) la formation des lycéens.

Le comité de consultation actuel ne permet pas de répondre aux besoins liés à cette réflexion. En effet :

  1. Le problème est lié à la structure de la réforme qui n’est pas questionnée par ce comité. De plus, les modalités de fonctionnement du comité de consultation ne permettent pas une réelle concertation :  monté en urgence, convoquant de très nombreuses associations dans un délai extrêmement court (inférieur à 2 jours), sans aucune préparation raisonnable possible, de modalités inadaptées (1h à 1h30 d’audition par petit groupe). Le sujet nécessite une réflexion large et profonde qui ne doit pas être contrainte par l’agenda politique.
  2. Le problème va bien au-delà des mathématiques : les alertes mettent en évidence la question de l’équilibre et de la place des sciences dans les parcours des lycéens. L’image renvoyée des mathématiques comme discipline isolée est erronée. Les mathématiques sont diverses, elles sont discipline propre et se nourrissent des autres disciplines qu’elles servent en retour. La réflexion sur l'enseignement des mathématiques nécessite donc de penser son articulation avec les autres disciplines, et en particulier les sciences : sciences physiques et chimiques, informatique, sciences de la vie et de la terre, sciences économiques et sociales, sciences humaines…
  3. Le comité de consultation n’est pas indépendant de la réforme : il implique quatre de ses inspirateurs.

L’ajout d’une heure dans l’enseignement scientifique pour y intégrer 1h30 de mathématiques ne résoudrait en rien les problèmes soulevés. Cela réduirait encore le temps déjà contraint dévolu aux autres sciences au profit des mathématiques, les plaçant dans une concurrence délétère et absurde alors que les mathématiciens et les autres scientifiques alertent ensemble sur les problèmes globaux de la réforme du lycée pour la formation scientifique des jeunes.

Nous demandons la mise en place d’un groupe de travail sur la place des mathématiques et des sciences au lycée qui réunisse tous les acteurs concernés désignés de façon collégiale, pouvant s’installer dans un temps long, et dont les propositions seront prises en compte