Les nouvelles spécialités prévues dans le cadre du bac 2021 ne seront pas accessibles à tous, faute d’un nombre suffisant d’enseignants, relève dans sa chronique Philippe Askenazy. Cela va à l’encontre de l’égalité des chances promise lors de la campagne du président Macron.

Par Philippe Askenazy -12-12-2018 - lemonde.fr -

Chronique. Le gouvernement construit sa politique industrielle à coups de financements publics massifs autour de deux priorités : le véhicule autonome et, depuis le rapport Villani, l’intelligence artificielle (IA). Dans le sillage, l’ENA a même ouvert un nouveau concours réservé aux docteurs en sciences, certes à dose homéopathique : trois places en 2019…

Avant l’été, la réforme du bac apparaissait comme un pas bien plus significatif. Douze spécialités proposées en première pour le bac général étaient annoncées. Parmi elles, les sciences de l’ingénieur (SI), jusqu’alors accessible aux seules premières S, et, nouveauté, une spécialité « numérique et sciences informatiques » (NSI).

Les spécialités de la voie générale sont censées être en cohérence avec les attendus que les universités ou classes préparatoires exigeront dans Parcoursup. Dès l’année prochaine, les élèves actuellement en seconde devront en choisir trois, puis seulement deux des trois en arrivant en terminale. Elles seront donc déterminantes pour leurs études supérieures. On peut critiquer l’idée que le destin d’un jeune se forge par ses choix au printemps de la seconde, mais la réforme avait le mérite de la cohérence.

Hélas, les détails du déploiement du bac 2021 dévoilés après l’été montrent la domination d’une étrange forme d’IA, l’intelligence agenouillée… Sur le fond, de nombreuses tribunes, notamment dans le Monde, ont déjà dénoncé des programmes d’histoire repliés sur la France ou des programmes de sciences économiques et sociales désincarnés ; toutefois, on peut encore compter sur la liberté pédagogique des enseignants pour maintenir une certaine ouverture. En revanche, ces derniers seront impuissants face à la distribution de l’offre des spécialités sur le territoire.

Un contexte de réduction du nombre de postes

La note de service n° 2018-109 précise que seules sept spécialités qualifiées de « plus classiques » doivent pouvoir être accessibles pour chaque lycéen de la voie générale, non pas dans son lycée, mais dans un périmètre « raisonnable ». Mais ni SI ni NSI ne figurent parmi ces « classiques ». Qualifiées de « plus spécifiques », elles « feront l’objet d’une carte académique, voire nationale », comme si la connaissance du numérique ne pouvait pas être aujourd’hui utile dans la plupart des formations supérieures, y compris littéraires, et des métiers.   (…)

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(le gras du texte est de la rédaction EPI)

https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/12/13/bac-l-education-nationale-ne-pourra-pas-assurer-une-offre-raisonnable-sur-tout-le-territoire_5396688_3232.html?utm_medium=Social&utm_source=Twitter#Echobox=1544698574

Communiqué de l’association Enseignement Public et Informatique

Les créations d'un enseignement « Sciences Numériques et Technologie » (SNT), en Seconde, et de la spécialité « Numérique et Sciences Informatiques » (NSI), en Première puis en Terminale, sont des avancées réelles dont l'EPI a déjà eu l’occasion de se féliciter.

L'enjeu est en effet d'importance. Il s'agit de donner à tous les élèves la culture générale scientifique de leur temps dont l'informatique, en tant que science du traitement de l'information numérisée, est une composante essentielle. La transition numérique est d’abord une question de ressources humaines.

Mais des conditions sont indispensables pour réussir ces avancées incontournables.

Concrètement, il faut réussir la rentrée scolaire 2019 puis les suivantes.

La formation des enseignants

En premier lieu, il est essentiel de disposer d’enseignants bien formés. La création d’un capes et d’une agrégation d’informatique est indispensable : au vu des enjeux, les tergiversations pour les créer sont dérisoires, incompréhensibles.

Compte tenu du retard pris lors des précédentes décennies, une phase de transition et une montée en puissance progressive sont nécessaires. Avec un plan pluriannuel, des échéances précises, bien identifiées, bien datées.

Pour l’enseignement « Sciences numériques et technologie » (SNT) en classe de seconde, des formations académiques sont envisagées. Elles doivent se dérouler dans le cadre de la formation continue et donner lieu à des décharges de service. Il est urgent de les organiser pour les enseignants volontaires, car la rentrée 2019 c'est déjà demain. Elles doivent être substantielles, le programme de SNT, qui concerne tous les élèves de Seconde et non plus seulement les élèves volontaires, l’impose.

Pour la spécialité Numérique et sciences informatiques (NSI), des diplômes universitaires (DU) sont annoncés à l’intention des professeurs ayant une validation ISN. Mais ils doivent être plus largement ouverts à d'autres professeurs et pérennisés par des diplômes inter-universitaires (DIU) pour assurer la cohérence des formations au niveau national. Les professeurs déjà titulaires par ailleurs de diplômes universitaires en informatique doivent en être dispensés. Si ces formations devaient avoir lieu pendant les vacances scolaires elles devraient être rémunérées. Mais leur cadre naturel doit être la formation continue sur le temps de travail, qui est un droit, avec décharges de service (cf. les formations « lourdes » des années 1970 et 1980). La période du baccalauréat peut être utilisée avec évidemment dispenses de surveillance et de correction.

Un ensemble de mesures doivent être prises allant dans le sens d’une reconnaissance institutionnelle pour les enseignants qui s’engagent dans ces enseignements au prix d’un investissement personnel important : garanties et reconnaissances de carrière, rémunérations, avancements d’échelon, mutations sur poste à profil, concours internes et listes d’aptitude…

On déplore actuellement un déficit d'information sur les modalités de mise en œuvre de ces nouveaux enseignements d'informatique. Il entraîne des inquiétudes et est de nature à amener des professeurs qui ont largement investi dans l’enseignement d’Informatique et sciences du numérique (ISN) à renoncer à l’enseignement de la spécialité NSI. Cela serait paradoxal alors que l'on manque d'enseignants formés.

Il est indispensable que l’administration envoie des signaux positifs. On ne développera pas ces enseignements nouveaux, on ne les réussira pas, sans que des moyens soient dégagés. Ainsi la pédagogie spécifique de l’informatique sur ordinateur nécessite-t-elle des classes allégées ainsi que des locaux et matériels adaptés. Nombre de proviseurs estiment que la spécialité informatique correspond à un besoin de la société de demain et sa création une bonne nouvelle, mais n'ont pas les locaux pour l'ouvrir.

Le cadre de la réforme du lycée

Il y a des questions d'intérêt général. Les élèves doivent savoir quelles spécialités seront nécessaires pour leurs futures études supérieures. Quid sur ce point des épreuves des concours aux grandes écoles ? Il faut veiller à ce que les calendriers de l'administration et des élèves ne divergent pas. Le choix des options doit se faire dans la sérénité pour les élèves et les professeurs. Les moyens accordés aux établissements doivent permettre d'éviter les tensions entre les différents enseignements.

Ajoutons que les informations en provenance des académies font craindre de grandes disparités. Le cadre, celui du service public d'éducation et du statut de la Fonction publique, doit être national.

Des questions donc, beaucoup de questions, et des inquiétudes qui s'expriment avec force dans les lycées. Or il faut absolument réussir l'enseignement de l'informatique, cet important dossier conditionne en partie l’avenir culturel, scientifique et économique de notre pays.

Paris, 30-11-2018

Dans les lycées, l’inquiétude monte face à une « réforme précipitée »
lemonde.fr du 21 novembre 2018  (abonnés)     -extrait-

" Choix des spécialités, enseignement des matières transversales et de l’informatique… Des questions restent en suspens. ..."

(...) «  Quid de la fameuse spécialité « numérique et sciences informatiques », emblématique de ce baccalauréat du « nouveau monde », qui pourrait être plébiscitée par les élèves ? Sa mise en œuvre pourrait relever de la gageure. Selon une source bien informée, la question inquiète la direction générale de l'enseignement scolaire : « l'informatique » n'est pas une discipline du lycée général à ce jour, et si elle est dispensée dans certaines séries technologiques, les établissements n'auront pas tous le vivier d'enseignants pour couvrir la demande. Dans certaines académies - à Nantes, par exemple -, le rectorat a demandé aux proviseurs de s'assurer, avant de demander la spécialité informatique, d'avoir des professeurs prêts à se former en nombre suffisant. Sans compter les moyens en locaux et en matériel. « Cette spécialité correspond à un besoin de la société de demain et sa création est une bonne nouvelle, juge Xavier Chartrain, proviseur du lycée de Blain (Loire-Atlantique), mais je n'ai pas les locaux pour l'ouvrir. »

Du côté des enseignants, le casse-tête ne fait que commencer. (…)

https://www.lemonde.fr/education/article/2018/11/21/nouveaux-programmes-du-lycee-sur-le-terrain-les-difficultes-du-chantier-de-la-reforme_5386461_1473685.html

Des mesures urgentes à prendre pour réussir l'enseignement de l’informatique et du numérique au lycée à la rentrée 2019

La SIF et l'EPI ont déjà eu l'occasion (1) de manifester leur satisfaction suite à l’introduction de la discipline informatique au lycée et de la création de nouveaux enseignements (SNT et NSI). Ces nouveaux enseignements correspondent aux besoins scientifiques, économiques et sociétaux de notre pays dans un contexte mondial de déploiement de l'informatique et du numérique. Des avancées importantes mais des questions persistent (2).

On ne réussira pas l'enseignement de l'informatique sans professeurs en nombre suffisant et suffisamment formés.

...lire la suite

La consultation sur les projets de programme de seconde et de première est ouverte du 5 au 20 novembre 2018. http://www.education.gouv.fr/cid131841/elaboration-des-projets-programme-futur-lycee.html

Pour participer à la consultation :  http://eduscol.education.fr/consultations-lycee-2018-2019

Ne manquez pas de nous faire parvenir copie de vos interventions  soit en commentaires sur ce blog, soit à : bureau@epi.asso.fr

Le secrétariat EPI

Les projets de programmes sont parus sur le site du CSP :

- Sciences numériques et technologie (enseignement commun, 2de)

http://cache.media.education.gouv.fr/file/CSP/41/0/2de_Sciences_numeriques_et_technologie_Ens-commun_1025410.pdf

- Numérique et sciences informatiques (spécialité, 1ère)
http://cache.media.education.gouv.fr/file/CSP/41/2/1e_Numerique_et_sciences_informatiques_Specialite_Voie_G_1025412.pdf

Nous sollicitons les commentaires des collègues du terrain.

Voir EpiNet n°209 à paraître

" Les projets de programme votés par le Conseil supérieur des programmes sont publiés progressivement durant les mois d’octobre et novembre 2018, au fur et à mesure des séances de vote."  (...)

Enseignements communs en classe de première voie générale :  "Enseignement scientifique" à la rentrée 2019 (projet)
http://cache.media.education.gouv.fr/file/CSP/81/4/1e_Enseignement_scientifique_Enseignement_commun_VG_1023814.pdf

NDLR-EPI : dans ce long document, une seule occurrence pour "informatique" à propos des sons et de la musique qui se numérisent. Les élèves qui ne prendront pas la spécialité NSI vont-ils comprendre que l'informatique est une science ? Ceci mériterait d'être explicité. Mais ce n'est qu'un projet ...