L’hyperpuissance de l’Informatique (G.Berry)

Algorithmes, données, machines, réseaux

Gérard Berry

éd. Odile Jacob, octobre 2017, 512 pages, 35 euros, ebook 17,99 euros

https://www.odilejacob.fr/catalogue/sciences/mathematiques/hyperpuissance-de-l-informatique_9782738139535.php

D’entrée de jeu, Gérard Berry nous prévient qu’on ne peut comprendre les bouleversements provoqués par l’informatique en restant prisonniers des schémas mentaux traditionnels hérités des sciences et techniques du XXe siècle (On se souvient de sa phrase qui terminait sa première leçon inaugurale au Collège de France en janvier 2008 : « En ce qui concerne l’éducation, la France rentre résolument dans le XXe siècle », phrase qu’il rappelle en page 427 et qui aurait touché l’oreille de conseillers au MEN ...)

L’ouvrage passionnant comprend trois parties :

Dans la première (chapitres 2 et 3) l’auteur explique la nature de ce nouveau schéma mental à acquérir qui n’est pas une conséquence directe de la pensée scientifique et technique dominante au siècle dernier. Puis il développe les quatre piliers de l’informatique : les données, les algorithmes, les langages, les machines, plus le problème majeur des « bugs ».

Dans la deuxième partie (chapitres 4 à 8) il approfondit quelques exemples pris dans des domaines de la vie courante: télécommunication, Internet, photographie et cartographie numériques, médecine, sciences naturelles et mathématique.

L’informatique est partout et demande désormais une formation générale commune. C’est ce que demande l’EPI depuis des décennies. Cette convergence de vue sur des idées que nous défendons depuis tant d’années est un plaisir de fin gourmet. Nous y reviendrons.

La troisième partie (chapitres 9 et 10) est consacrée aux bugs, aux trous de sécurité, et aux méthodes pour les contrôler ou mieux les éviter.

Dans le chapitre 11, l’auteur s’interroge « Où va nous mener l’informatisation du monde ? » Il consacre dix pages à un sujet qui lui est cher et qu’il évoque régulièrement, l’enseignement de l’informatique du primaire au lycée. Nous allons nous y attarder.

Déjà, dès l’introduction, il avait amorcé le sujet en termes très proches des nôtres :

« L’ENSEIGNEMENT À LA TRAÎNE. Une autre conséquence délétère (de l’impasse sur l’informatique) se voit dans notre système d'enseignement général, celui qui forme les adultes de demain. Des cours optionnels de programmation des ordinateurs avaient été introduits en 1982, supprimés et réintroduits à deux reprises, puis définitivement supprimés en 1997, précisément à l'époque de l'explosion d'Internet et du téléphone portable quelle prescience ! Ensuite, on a longtemps professé que, puisque l'informatique n'était qu'un outil, il suffisait d'enseigner les usages, c'est à dire comment utiliser un ordinateur et quelques logiciels de bureautique. Comprendre ce qu'il y avait derrière n'avait pas d'intérêt. Cette opinion a eu comme conséquence brutale de mettre les élèves dans la position servile de simples utilisateurs de ce qui est fait et conçu ailleurs, au lieu de leur permettre de faire partie des créateurs du monde de demain. Elle n'a pu être fondée que sur un aveuglement obstiné : pour qui sort un peu de son périmètre immédiat, les transformations du monde étaient déjà bien visibles.»

En page 424, Gérard Berry précise l’indispensable distinction entre « la matière scientifique et technique, et celle de l'usage des technologies numériques pour enseigner mieux dans toutes les matières. » Il ne traitera que de la première démarche, l’enseignement de l’informatique du primaire au lycée d’enseignement général, là où des efforts considérables sont à faire.

« Pour toute ma communauté, introduire la science et la technique informatiques dans l'enseignement général est essentiel pour que notre pays reste au niveau international qui doit être le sien. Je pense qu'il faut formuler cette problématique de façon directe, voire brutale, ce que j'ai souvent fait dans les médias: Pouvons-nous encore accepter que nos enfants arrivent au baccalauréat en ne sachant comme maintenant absolument rien de la science et de la technique de l'informatique, alors que cette discipline va structurer leur vie et leurs métiers d'une façon de plus en plus profonde ?»

Il ne revient pas sur « sur la triste histoire ancienne » évoquée dans l’introduction et choisit un optimisme tempéré par l’insuffisante formation des enseignants ...

« Heureusement, les choses progressent chez nous. Avec certains collègues chercheurs, professeurs, et plus tard inspecteurs généraux travaillant en réelle harmonie, nous avons lentement pu convaincre de plus en plus d'acteurs majeurs de la société de l'importance et de l'urgence de la question et du fait qu'il était possible d'y apporter des réponses. »

Et l’auteur évoque les différents dossiers que les adhérents et sympathisants de l’EPI connaissent bien depuis des années : la sensibilisation précoce des jeunes élèves à l’informatique, l’approfondissement au collège puis au lycée, les initiatives bienvenues pour compenser l’insuffisante formation des enseignants (Class’code, Lamap, Interstices, …), la mobilisation générale : SIF, EPI, INRIA et d’autres … L’EPI n’est plus seule !

Pour ce qui concerne la formation des enseignants : « L'institution ne met à l'heure actuelle que beaucoup trop peu de moyens dans la formation et le développement professionnel des professeurs qui vont enseigner l'informatique, ce qui risque de devenir rapidement un problème bloquant. Par ailleurs, elle résiste fortement à la création officielle d'un Capes et d'une agrégation d'informatique, les deux diplômes fondamentaux en France pour les professeurs. »

L’opinion de la communauté est simple : « S'il n'y a ni Capes ni agrégation d'informatique, le sujet n'entrera jamais vraiment dans l'enseignement, et notre pays le paiera durablement. »

Voilà qui est clair !

Réjouissons-nous qu’un membre éminent de la communauté scientifique informatique s’intéresse, comme Gérard Berry le fait depuis plusieurs années, à ce dossier de l’enseignement de l’informatique de l’école à la classe terminale si important pour l’avenir scientifique, économique et culturel de notre pays.

Nul doute qu'il sera entendu au plus haut niveau de l’État.

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